Ludovic Goubet est un français expatrié au parcours riche et conforme a la demesure de son personnage. Patron d un club bar de Rock aux USA, boulingueur et expérimentateur, il a trouvé dans la photographie un moyen formidable de jouer a cache cache avec ses désirs et fantasmes. Entretien avec le photographe, mais surtout avec l'homme qui, mine de rien nous dit des choses essentielles sur l'Art et la vie...

Interview par Agnes Giard

1. Les fouets, les chaines, le cuir, c'est votre tasse de thé ?

Je dirait plutot mon Absinte, sucrée amére transpirante.

2. A l'origine, vous n'avez rien a voir avec le milieu fetish-SM : Vous étiez dans le jazz ?

Il y avait déja les caves...Des fils d'esclaves enchainés...La sueur et la fumée, les femmes en talons aiguilles et bas noirs. Les ambiances secrétes qui nous donnaient l'impression d'étre d'un monde a part et en marge d'une certaine culture javélisée.

En fait le Jazz pourrait bien étre la bande sonore du SM. Il y a définitivement une relation SM entre un musicien et son instrument. Cet engouement a pousser son corps vers des limites inconues en jouant 8 a 10 heures par jour jusqu'a que ses doigts saignent ou que ses lévres soient tétanisées. Et puis bien sur, il y a cette odeur sexuelle qui envoute les gens qui vivent la nuit...

3. Qu'est-ce qui peut conduire un ex-délinquant juvénile a devenir directeur d'un des plus gros clubs de rock des Etats-Unis puis photographe de femmes a poil ?

Le désir d'étre remarqué, apprecié, désiré, respecté.
La délinquance, je l'ai pas vue venir, grandissant a Villier le Bel, je n'ai fait que suivre les mauvaises influences pour me retrouver un jour "Délinquant Juvenile". Bon c'est vrai que j'y ai pris gout. Je crois que c'est de la que me vient ce gout pour les sociétés secrétes et les rendez-vous privés.

Nous étions une bande avec des codes qui nous rassurait. C'est la que j'ai appris la valeur d'une parole donnée. Le Chukker n'est pas, enfin, n'était pas, le plus gros club des states. Et j'étais propriétaire des murs et non directeur. Il fut ouvert en 1956 le jour méme ou la prohibition s'acheva dans le comté de Tuscaloosa Alabama.Il y a pas mal de documentation sur internet. Le Chukker fut une aventure incroyable et trop longue pour cet interview. Mais pour répondre a cette question. La plupart des patrons de clubs sont des ex délinquants juveniles. Le fait que le mien fut en Alabama reléve du pur délire.

J'étais livreur de Pizza et pére de deux filles. J'avais créé un groupe de Jazz Africain et ont jouait souvent au Chukker. Lorsque il fut mis en vente, j'ai sauté sur l'occase et rassemblé en 1 semaine l'argent nécessaire ( God Bless America ) Le Chukker était localisée à égale distance de Nashville, Atlanta, Menphis, New-Orleans et sur la route du Texas.
Alors nous avions tous les groupes de Rock, surf-rock, Garage rock, punk, Jazz, Blues, Country, Cajun etc etc qui passait en tournée, ce qui m'a permis d'avoir de trés grands noms voire méme des légendes tel que Sun Ra, Dick Dale, Larry Coryell, Johnny Shine, The Hellacopters, the Addicts, The Lyres et bien d'autres encore. Les Rolling Stones et Jimmy Hendrix on joué au Chukker dans le passé. Incroyable !!! Et puis avec la reconaissance et l'argent je me suis gonflé la téte et je me suis mis a siroter, je faisais des virées avec des véterans du Vietnam, on etait une dizaine en moto, on buvait du moon shine. Je suis tombé dans le coma pendant 24hr. Aprés une depression et une détox, j'ai rencontré ma seconde femme c'est a cause d'elle que je me suis mis a la photo de femmes a poil...ou sans.

4. Votre ex-femme était si belle que les hommes se taisaient brusquement quand elle entrait dans un restaurant ? Vous aimez les canons ?

Non les canons sont souvent futiles. Mon ex etait juste incroyablement magnitique. Elle etait ex champione de triatlon et partiquait l'aviron de haut niveau. Ce qui lui donnait un corp parfait, a mes yeux. Je doit dire que j'ai aprecié le prestige que sa présence me donnait. Faut dire qu'a? l'époque, j'étais trés vaniteux et égocentrique. L'argent coulait (presque a flot) il y avait la coke et les Martinis. Tout cela s'est terminée en un horible divorce a l'américaine. Beauty is relative...

5. Quels fantasmes sexuels vous ont amener a entrer dans les soirées fetish et SM, armés d'un énorme appareil (photographique)

Encore le hasard d'une rencontre, de la vie. De retour en France apres mon divorce je me suis remis a la photo avec des jeunes modéles de Normandie. L'une d'elle etais tatouée et ma fait decouvrir le site de Demonia. Cela tombait juste au moment de la nuit Démonia ou je fus invité par Francis. J'ai su tout de suite que j'étais a nouveau parti pour une autre vie. L'appareil photo m'a servi de moyen de comunication avec les personnes présentes.

6. En plus de la photo érotique, vous organisez des soirées et des week-end dans votre manoir ? Pouvez-vous en parler ?

J'adore recevoir et faire la fête.

7. Avez-vous fait la révolution avec "Révolution fetish", votre premiére soirée privée cuir-vinyle-latex parisienne, organisée le 13 juillet dernier ?

Oui, ce fut incroyablement révolutionaire. La premiére soirée Fétish sans dress code et gratuite a Paris ( a ma connaissance).326 personnes venues de différents millieux (goth,fetish,BD-SM,Pin-up, Libertin, Artistes. Mon but était de proposer aux gens d'être créatifs, de rendre possible des renontres entre gens d'horizons différents, de faire découvrir les plaisirs obscurs des jeux sexuels.
Y'a rien de nouveau la dedans, je n'ai rien créé d'original. Mais comme je suis surtout connu dans le monde de l'érotisme, cela me donne un biais pour inviter des personnes qui normalement seraient trés réticentes dans ce genre d'ambiances. Par exemple, il n'y avait pas plus de 60% de gens que l'on retrouve a la nuit elastique ou dans les clubs SM.
Beaucoup de personnes ont été choquées, mais elles sont tous restés jusqu'a 6h du mat et certains ont méme participé et se sont découvert de nouveaux horizons. Il faut a mon avis, sortir le SM et le Libertinage des endroits glauques et sales et surtout le rendre accessible.
Il y a des endroits a Paris qui coutent 80 euros pour un homme seul et gratuit pour les femmes seules ?? Si c'est pas sexiste ça ? c'est quoi? Cela ne devrait pas exister dans ces millieux.

8. Votre site internet : une mine masturbatoire ? (Combien de filles, combien de photos, combien de photos nouvelles par mois, combien ça coute par abonnement ?)

Attention! Mon site est le seul au monde ou on peut voir :
Des jeunes Femmes des jeunnes hommes, des femmes mures enculant des jeunes hommes, des hommes murs sodomisant des femmes sans ages, des couples hétéros, des Pin-ups, des Top Modeles, Je me compte que je suis l'un des, et peut-étre le seul photographe qui sous son vrai nom, ose abordé tous les thémes photographico-sexuels et qui a du succés.
Les éditions Taschen vont publié 6 de mes photos dans un livre regroupant selon la directrice de cette collection, les meilleurs photographes érotiques du moment. Je suis publié dans le journal international de l'érotisme et aussi dans Interconexion, la Tribune des Libertins et je suis aussi le seul photographe francais a avoir été publiér dans le livre consacrez aux photos de nus, "Naked" qui est en traduit en 5 langues et distribué mondialement.
Cet année j'ai publié 65 photos. Je ne suis pas un photographe porno et cela ne m'intéresse pas de faire des photos qu'avec des modeles siliconées et super maquillées. Mon art est justement de saisir la beauté la ou on croie qu'elle n'existe pas. Les modéles font se qu'elles veulent je ne contrains personnes.

9. Votre rêve ?

Mettre en place un Kiboutz artistique sur une ile des Caraibes.

10. Si vous étiez un animal, lequel aimeriez-vous être ?

Un dauphin

Interview par Lemague.net

1. Bonjour Ludovic Goubet, en regardant vos photos on peut dire que votre champ d"action artistique va du Glamour au Porno chic en passant par un soupçon de Trash...

Oui, sa sonne bien, je crois que je vais garder cette définition, pour l"instant. Car trés prochainement je vais aussi présenter des photos trés douces et sensuelles. En fait j"ai commencr par le nu classique a cause du fait que je vivais en Alabama et que pour la plupart des filles, montrer ses seins n'était pas chose facile a faire.

Alors par le biais de l'art je les ai effeuillées, d'abord le dos, puis en suite les jambes.

Avec le temps elles y ont pris gout, pour notre plus grand bonheur de tous. Mais il était trés dur de decider d'un champ d'action artistique, car j"étais toujours soumis aux limites morales des modéles. Une chose est sure je suis intéressé par toutes les formes d'expression sexuelle et artistique.

2. Un photographe, c'est d'abord un grand voyeur ?

Un photographe n'est pas un voyeur, c'est un exhibitionniste... Surtout les paparazzis. Moi je suis devenu voyeur a cause de la photo. Je ne peux pas m'empécher de regarder les femmes qui ont belle alure. Celles qui viennent de faire l'amour ou de lire une lettre d'amour. Les hommes sont trés beaux aussi lorsqu'ils pleurent . Mais je n'en suis pas encore a faire les cabines d'essayage !!

3. Vos photographies ne nous disent pas explicitement quel regard d'ésirant vous étes, hétéro ou bisexuel, vous aimez cultiver l'ambiguité du regard posé...

Il est vrai que la plupart des photographes de nus se spécialisent trés vite dans un style bien défini.

Je les appelle des binaires. Il ne m'interesse pas car leurs oeuvres sont le produit de nombreuse années de recherche sur le méme sujet.

La photographie doit rester (a mon avis) un moyen d'agrémenter la vie en saisissant l'instant magique et intemporel. Les photographes qui préparent une photo en choisissant le modéle, le décor, l éclairage... etc, etc ne sont pas des photographes, se sont des peintres frustrés. Et c'est la méme chose avec la sexualité.

Hétéro , Bisexuel , homo , j'en ai rien a "foutre" de tous ces termes rassurant. Mes photos représentent des étres Humains, qui sont parfois ambigus.

4. Il y a un cote terriblement "amateur " dans votre travail, dans le bon sens du terme évidemment. Etes-vous d'accord avec cela ?

Dans tous les sens du terme en fait. Je n'ai jamais suivis de cours et je ne gagne pas ma vie en faisant de la photos. Mais oui, j'adore prendre des photos. Je crois que pour un homme qui aime la compagnie humaine une séance de photos est toujours un moment privilegié et secret qui laisse des traces a tout jamais. Surtout lorsque le modée revient réguliérement et qu'une confiance unique s'installe.

Je pense que le photographe de nu, est l'aimant le plus redouté de tous, car avec une photo il peut faire pleurer ou bien rire de joie et ce pour la vie.

5. Vous étes trés sensible aux formes et aux mouvements des corps qui vont vers la fusion dirait-on ?

Heureusement, sinon je changerais de hobbie.

6. Est-ce que la photographie calme ou alimente vos fantasmes ?

Je réponds la méme chose que Hugh Heffner : Ca dépend de la fille sur la photo... En fait je repondrais les deux. Je fantasme énormement avant de rencontret un mannequin, mais je suis de nature trés réveur et utopiste.

J'ai grandi dans la banlieue grise de Paris, je suis petit, je ne ressemble pas a George Clooney et Rocco Sifredi me fout la honte, du coup je fantasme beaucoup.

Mais en fait, je crois (et la je vais vous dévoiler un secret d'intérét mondial) que le fantasme est simplement une prémonition de ce que l'on peut réaliser si on s'en donne les moyens.

Je suis passé de musicien de rue & patron d'un des plus fameux club de Rock des Etas-Unis, "The Chukker", (Jimmy Hendrix, the Rolling stone, R.E.M entre autres ont joué là-bas) et je me baladais en Cadillac avec une femme qui imposait le silence en entrant dans un restaurant. Tout cela, c'est du fantasme réalisé.

Mais c'est vrai que d'une certaine facon la photo de nu ma permis de calmer mes fantasmes sexuels.

J'ai enfin le plaisir d'étre en compagnie de trés belles femmes reguliérement, je les regarde se changer, se maquiller, prendre la pose, rire, jouer les femmes fatales, les petites filles, et en plus elles me racontent parfois leurs secrets ( c'est fou ce qu'une femme peut dévoiler lorsqu'elle est nue).

Bien sur n'aallez pas croire qu'il se passe des choses entre mes modéles et moi, la c'est un fantasme que j'ai appris a ne plus avoir. Je pense que beaucoup de personnes ont ce desir de faire de la photo pour cette raison. Je l'ai eu, je l'avoue. Mais c'est un fantasme que la photo a calmé.

7. C'est quoi le style Goubet si vous deviez le définir vous-même ?

Louis XIV sans hésiter. D'ailleurs je lui ressemble. La derniére fois que j'étais à Versailles en compagnie du peintre surréaliste Mitchell Cashion, les touristes s'arrétaient pour nous prendre en photo, devant une grande toile du roi. J'ai le sens de la démesure. Mon style est multiculturel, j'ai vecu en Espagne aux Caraibes et 16 ans au Etats-Unis.

Mes influences pourront peut étre révéler mon style. Saudek, Brassai, Hamilton, et le maitre du porn-art Andrew Blake. Je crois qu'en fait je n'ai pas un style bien défini, sa doit étre èa le style Goubet.

8. Quelles sont vos plus belles rencontres par la focale ?

Celle qui ma fait le plus de mal ! Mon ex !

9. Qu'est-ce qu'il y a de romantique dans le fétishisme ?

Tout, bien sur ! A part peut-être le nom...

10. Par quoi avez-vous envie de terminer cet entretien ?

Par dire un grand merci a Bill Gates et a tous les genies qui on inventé l'internet. Il n y a maintenant plus aucune possibilité de censure de la part de n' importe quel gouvernement. Je crois que l'Internet sera la creation la plus importante de toute l' histoire de l'Humanité.